Béatrice

vendredi 5 juin 2009
par  Monique Cordon
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Les lignes que vous allez lire sont dures, très dures. Béatrice a beaucoup souffert et souffre encore. Mais pas comme avant, plus comme avant. Sur son chemin : un prêtre. A travers ce prêtre, la Bonne Nouvelle d’un Dieu Amour. Un Dieu qui recrée, restaure, reconstruit. Un Dieu qui ne cesse de mettre de la Vie là où il y avait de la mort, tellement de « mort » !
Le Recteur

C’est l’histoire d’un petit « rien » dans le ventre de sa mère qui voulait exister. Mais ses parents n’avaient pas le même désir. Que l’on ne me dise pas à moi que le fœtus n’est pas homme en devenir et n’a pas déjà vie humaine.

Cette personne que je suis entendit, dès avant sa naissance, ces paroles de son père (j’ai encore le son de sa voix dans ma tête). « Mais crève donc. Il va bien falloir que tu crèves. » S’en est suivi ce qu’il fallait pour essayer que je meurs. Mais, je suis là bien vivante, profondément marquée dans ma chair par cette interdiction de vivre dès avant ma naissance.

Bien des gens pourraient me dire : « Ce n’est pas possible. Tu ne peux pas savoir. » Si, je sais, au tréfonds de mon cœur et j’en suis sure. Oh ! il a fallu des années de combat pour laisser remonter l’indicible. Mais, c’est chose faite et s’il me reste, comme tout un chacun, l’écharde dans ma chair et dans mon cœur, mes fragilités et mes limites plus grandes que d’autres, je ne regrette rien de ma vie, même pas mon passé. Si je regarde avec les yeux du monde, c’est fou. Cela ne se comprend pas.

Un père a voulu me tuer in utero. Ce même père alcoolique a voulu me tuer à nouveau avant de mettre fin à ses jours sous mes yeux d’enfant. J’ai vécu l’enfer d’une enfance et d’une vie de couple au contact de l’alcool et je peux dire que ce fut l’enfer plus souvent que la joie.

Alors comment expliquer que je ne regrette rien ? Parce que mon cœur meurtri, blessé, révolté contre la souffrance, le monde, la mort, a rencontré Dieu. Oh, sans apparition, ni révélation extérieure visible.

Un jour, j’ai rencontré un prêtre qui regardait la mort et la déchéance humaine autrement qu’avec mépris et révolte. L’interrogation est née dans mon cœur et un jour je suis allée lui demander : « Et si votre Dieu existait vraiment ! Et si votre Dieu m’aimait moi aussi ! Est-ce que vous voulez bien me parler de votre Dieu ? » Et je restais des heures à l’écouter me parler de la Passion de Jésus, à l’entendre me lire ce récit de l’évangile. Chaque fois qu’il voulait me parler d’un autre passage, je disais « non, j’ai encore besoin d’entendre celui là ». Cela a duré plusieurs mois. Et je suis rentrée dans une église où je ne pouvais cesser de penser que Dieu aussi m’aimait moi et m’aimait jusque là. La croix a toujours été pour moi la folie de l’Amour de Dieu gratuit pour moi, pour le monde. Moi je n’aurais jamais donné ma vie, ni rien d’ailleurs, pour ceux que je connaissais. Alors découvrir, au tréfonds de mon cœur que Dieu était mort dans son humanité pour me dire à quel point Il m’aimait. Oui, ce jour là, tout a basculé. Mais je n’avais pas encore fait le travail sur moi que j’ai fait au fil des années et les souvenirs de l’enfance étaient complètement occultés. Je savais seulement que j’étais, ou je le sentais comme tel « de trop » pour ce monde humain. Mais je venais de rencontrer un Père qui m’aimait, moi, et qui voulait bien de ma vie. Oh, je les entends les remarques que j’ai eues des incroyants, mes amis encore plus que les autres. « Oui, c’est parce que tu n’as pas eu de père que tu as trouvé une ‘compensation’ dans la foi et en Dieu ».

Il est vrai que tout n’était pas pur. Tout n’est jamais pur. Mais Dieu se sert de tout. Et si Dieu m’a parlé dans mon cœur, c’est parce qu’il y avait un vide, un manque, et tant de souffrances !.. Et puis les années ont passé. Mon passé « bouffait » mon cœur. Sans le savoir, j’ai reproduit, en épousant un alcoolique, ce que j’avais vécu. Alors l’enfer a resurgit dans ma vie jusqu’à ce que je fasse ce long travail sur moi qui m’a permis de voir et de comprendre.

Un jour, le prêtre m’a dit : « Pour vous reconstruire, il vous faut pardonner. » J’ai cru que le monde s’écroulait. J’ai failli partir en courant et, je l’avoue, j’ai hésité à refranchir sa porte. Mais cette certitude que quelqu’un m’aimait moi, et me le demandait m’a permis de continuer. Et j’ai entendu ces mots. « Toi, tu ne peux pas pardonner mais crois-tu que ton père est au ciel ? » Alors j’ai dit oui parce que je crois autant à la miséricorde de Dieu qu’en son Amour. Et sont arrivés les mots qui ont tout fait basculer.

Si tu crois que Dieu aime ton père, si tu crois que l’Amour de Dieu est dans ton cœur, demande au Dieu de ton cœur de t’apprendre à pardonner à ton père. Et le Dieu de mon cœur a fait que mon cœur a pardonné à mon père même si cela a été long et avec des rechutes. Mais en comptant sur Dieu, en s’appuyant sur Lui à chaque chute, Il relève.

Pourtant les blessures ne s’effacent pas comme cela. Rien ne s’oublie comme cela. Je crois que quand on a été profondément « cassé », seul Dieu peut nous « décasser » si je puis dire.

Et c’est là que la grâce du Sacrement de Réconciliation est venue me faire vivre l’impossible.

Oui, l’immense désir était là mais je ne pouvais pas avancer. J’étais sans cesse écrasée par le passé. J’étais collée à lui, je ne pouvais pas malgré tous mes efforts. Ce n’est pas toujours la force du poignet qui permet de s’en sortir.

Les paroles fermes, claires du prêtre ont été

  • Laisse ton passé, abandonne le à Dieu.
  • Aime la vie. Dieu est venu se faire homme dans notre humanité. Il aime la vie. Il a aimé le monde où il vivait. Il y a été heureux. Il aime ce monde d’aujourd’hui. Il t’y veut heureuse.
  • Il vit en toi, laisse le vivre.
  • Aime-toi. Dieu t’aime et Il te demande de t’aimer avec ce que tu es.

Et après un très long silence, j’ai pleuré, longtemps pleuré avant de répondre ce qui venait du plus profond de mon cœur à ces demandes que Dieu me faisait. Et mon cri de détresse est monté vers Lui avec tout mon désir.

  • Laisser mon passé, je voudrais bien mais je ne peux pas.
  • Aimer la vie, je voudrais bien mais je ne peux pas.
  • M’aimer, je voudrais bien mais je ne peux pas.

Et j’avais mal, si mal de ne pas pouvoir ! Et la grâce du sacrement m’a profondément délivrée.

J’ai envie de dire, ce que je n’ai pas pu faire à la force du poignet, reconnaissant mon désir et mon impuissance, voilà que Dieu le faisait. Dieu l’a fait. J’étais écrasée, je suis ressortie libérée, complètement libérée même si j’ai gardé l’écharde dans ma chair et dans mon cœur me rappelant que chaque fois, il faut compter sur Dieu et non sur moi si je veux me construire. Et me construire avec Dieu, même si j’ai laissé le passé, je reste avec ce que le passé a fait de moi, mes fragilités, mes limites. Et si aucune vie n’est facile à construire, une vie blessée n’échappe pas à la règle. Mais c’est en comptant sur Dieu et non sur moi que j’essaie d’apprendre parce qu’Il m’aime, moi personnellement telle que je suis.


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