Marie, servante, maitresse et inspiratrice de l’adoration

mercredi 5 décembre 2012
par  P. Pierre de Couëssin
popularité : 7%
0 vote

Vous êtes-vous demandé ce qu’est vraiment l’adoration ? C’est un mot qu’on entend beaucoup, depuis plusieurs années, dans les communautés chrétiennes. Dans la façon dont elle est reçue et pratiquée, l’adoration exprime-t-elle tout ce qu’elle est vraiment ?

Je me propose de passer par Marie – et tout spécialement son Magnificat – pour entrer plus avant dans le Mystère de l’Adoration.

Nous avons le Magnificat sous les yeux (Luc 1, 46-55). Neuf petits versets. Dans les trois premiers, Marie exprime le bonheur inouï d’exister dans un amour. Et quel amour ! Dieu lui-même est penché sur elle. Dieu. Le Seigneur. Le Sauveur. Le Tout-Puissant. Le Saint, c’est son nom. Dieu est penché sur Marie. Elle le sait. Elle le sent. Elle le croit. Elle le proclame. Elle utilise des mots qui traduisent son allégresse : mon âme, mon esprit, mon Sauveur, (je suis) son humble servante. On me dira bienheureuse. Il a fait pour moi des merveilles.

Tout de Marie est saisi dans une relation personnelle et intime avec son Dieu. Saisie, certainement mais beaucoup plus que cela encore, parce que, dans le même instant, elle se voit impliquée, insérée, dans l’Amour de Dieu et dans son dessein universel du Salut.

Elle réalise qu’elle vient de Dieu, qu’elle vit pleinement en Lui et que tout son être est tourné vers Lui. En même temps, elle prend conscience qu’elle est associée intimement au plan d’amour de Dieu. Elle y voit un « pour » extraordinaire : « pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde  ». Vraiment, le Tout-Puissant l’associe et l’associera « d’âge en âge » à de « grandes choses ».

Un amour qui s’étend, qui se déploie, qui disperse les orgueilleux, qui élève les humbles, qui comble les affamés, qui fait rendre justice aux arrogants, qui relève son peuple. Un amour qui se souvient et qui se souviendra toujours qu’il n’est qu’Amour.

Marie elle-même n’a rien fait d’extraordinaire. Peu, très peu de paroles. Pas de miracles ni d’extases rapportés dans les Evangiles. Rien que du simple, du commun, du banal.

Mais sa vie, le tout de sa vie, a été adoration. La première, elle illustre exactement « le culte en esprit et en vérité » dont parlera Jésus à la Samaritaine (Jean 4, 24). Ce culte n’est plus d’offrir des choses, des morceaux de sa vie et de pratiquer certains rites mais, à la suite du Fils Bien-Aimé/Bien Aimant, le Fils de sa chair, de s’offrir totalement « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». L’apôtre Paul a très bien compris cela et dira aux chrétiens de Rome : « Je vous exhorte .. à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu. C’est là le culte spirituel que vous avez à rendre » (Romains 12, 1)

Au fait, d’où vient le terme adoration ? Il est surement à relier au latin os qui veut dire bouche. Adorer, dans le réalisme du langage de la Bible, c’est vivre en bouche à bouche avec Dieu.

Voir et vivre l’adoration dans un cœur à cœur intime avec le Seigneur est profondément bon et, pourtant, trop exigu pour ce qu’elle doit être. Plus qu’un lieu précis, plus qu’un temps de prière programmé, c’est une manière de vivre Dieu. De se recevoir, instant après instant de son amour et de re-axer vers lui le don d’être homme ou femme, d’être père ou mère, d’être jeune ou vieillard, d’être professionnel ou retraité, de vivre libre et responsable, entrepreneur et serviteur, de vivre cette vie bénie et blessée, de la vivre en plein monde ou dans un monastère, une vie qui se sait aimée et qui reste pécheresse. Bref une vie plus ou moins consciente d’être invitée à l’Amour, plus ou moins consciente aussi d’être appelée à marcher vers la ressemblance du Fils premier-né et de devenir en Lui le Bien-Aimé du Père.

« La vraie adoration de Dieu est la vie de l’homme lui-même, l’homme qui mène une vie droite. Mais la vie ne devient vraie vie que si elle reçoit sa force du regard qui se dirige vers Dieu ». (Ratzinger).

« Le sacrifice chrétien reçoit son orientation, son sens, de la Nouveauté Pascale. Le sacrifice chrétien consiste non pas à donner à Dieu quelque chose qu’il ne posséderait pas sans nous, mais à rendre totalement réceptif et à nous laisser totalement transformé par Lui. (Benoît XVI)

La vraie adoration vient donc de la Pâque de Jésus, la Nouveauté Pascale, et trouve sa place et son importance en amont et en aval de l’Eucharistie « source et sommet de toute vie chrétienne » (Vatican II).

Jean XXIII, dans son encyclique « l’Eglise vient de l’Eucharistie », parlait de Marie, femme Eucharistique. Et Benoît XVI, prolongeant cette évocation dans sa propre encyclique « Dieu est Amour » demande à chacune de nos vies de prendre sa forme eucharistique.

Il s’agit donc de vivre corps livré et sang versé. Le « faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22, 19) concerne aussi bien l’événement de la Cène que le Lavement des pieds. « Je vous ai donné l’exemple pour que vous fassiez comme j’ai fait envers vous » (Jean 13, 15)

Voilà les transformations qui, jour après jour, doivent donner leur forme eucharistique à la vie dans sa totalité.

Adoration. Adorer. Ces mots, finalement, évoquent bien peu le recueillement d’un oratoire. Ils investissent aussi, sans discontinuité, une présence au cœur du monde et, dans ce monde, une participation aux combats pour que tous les hommes aient du pain, pour qu’ils aient la paix et pour qu’ils trouvent du sens à la condition humaine marquée par le mal. Là se vérifie la forme eucharistique de l’existence chrétienne.

Aux serviteurs des Noces de Cana où s’annonce l’Alliance Nouvelle et Eternelle, Marie dit simplement « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2, 5)

Pierre de Couëssin
Recteur du Sanctuaire Notre-Dame de Toute Aide
(novembre 2012)


Commentaires

Bouton Facebook Bouton Dailymotion Bouton Ustream Bouton Contact image Jésus

Bannière denier

Les visiteurs viennent de...

Agenda

<<

2017

 

<<

Novembre

>>

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930123