Veillée de réflexion et de prière

Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse (Mt 5,12)
mardi 11 septembre 2018
par  Bernard Le Ho , Mgr Lucien Fruchaud
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Aujourd’hui, en ce 8 septembre, l’Église entière célèbre la « Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie ». Depuis des siècles, depuis l’apparition de Marie à Jeanne Courtel, le 15 août 1652, un Pardon s’est presque toujours tenu en ce lieu autour de cette date. Demain en ce dimanche de nombreux pèlerins, je l’espère, vont nous rejoindre ici pour la ’’célébration dominicale’’ et pour honorer Marie.

Ce soir en cette veillée de réflexion et de prière à la veille du Pardon je voudrais vous inviter à répondre à une invitation que nous trouvons souvent dans l’Écriture et tout particulièrement dans les Évangiles : « Soyez dans la joie et dans l’allégresse. » Cette invitation évangélique le Pape François l’a reprise récemment et en a fait le titre de sa belle lettre, de son Exhortation apostolique, parue il y a quelques mois, le 19 mars 2018, en la fête de saint Joseph, qui a pour titre en latin Gaudete et Exsultate traduit en français par La joie et l’allégresse. Peut-être certains d’entre vous ont-ils pu lire cette lettre.

Souvent quand nous parlons de la ‘Joie’ nous viennent immédiatement à la pensée non pas d’abord les moments de bonheur que nous vivons mais les heures difficiles, les longs jours de souffrances et d’angoisses de toutes sortes qui sont les nôtres. Comment se réjouir et être dans l’allégresse, comme le Seigneur et son Église nous y invitent, alors que les fardeaux sont si lourds sur nos épaules : épreuves de santé ; deuils dans nos familles ; angoisses des jours et lendemains sans travail ; situations politique, économique, sociale difficiles ; souffrance pour notre Église en ces temps de crises graves … et tant d’autres épreuves. Et si dans ces heures difficiles nous demandions à la Vierge Marie de nous aider à demeurer dans la joie et l’allégresse véritables comme elle le fut elle-même dans les heures douloureuses de sa vie humaine.

Dans la finale de sa lettre le Pape François écrit :

« Marie est celle qui tressaillait de joie en présence de Dieu, celle qui gardait tout dans son cœur et qui s’est laissée traverser par le glaive. Elle est la sainte parmi les saints, la plus bénie, celle qui nous montre le chemin de la sainteté et qui nous accompagne. Elle n’accepte pas que nous restions à terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger. Parler avec elle nous console, nous libère, nous sanctifie. La Mère n’a pas besoin de beaucoup de paroles, elle n’a pas besoin que nous fassions trop d’efforts pour lui expliquer ce qui nous arrive. Il suffit de chuchoter encore et encore : « Je vous salue Marie … »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 176

Ce soir, dans les trois temps de paroles qu’on m’a proposé de vous adresser et surtout dans les quelques instants de réflexion personnelle et de prière qui suivront chaque temps, en contemplant ce qu’a vécu la Vierge Marie, je voudrais vous inviter, vous permettre de bien entendre et situer dans votre vie la réalité de la joie chrétienne qui n’exclue pas les souffrances qui sont les nôtres mais leur donne un sens et nous permet de les vivre. Pour cela je vais relire avec vous ce qu’écrit le pape François dans son Exhortation Apostolique : La joie et l’allégresse.

  • 1er temps : Marie, « sainte parmi les saints », est celle qui tressaillait de joie et qui nous invite à devenir des saints.
  • 2e temps : Marie, « sainte parmi les saints », est celle qui tressaillait de joie et qui nous montre le chemin de la sainteté et nous accompagne sur notre route vers la sainteté.
  • 3e temps : Marie, « sainte parmi les saints », est celle qui tressaillait de joie et qui nous invite, comme elle a su le faire, à nous laisser conduire par l’Esprit-Saint pour bien discerner ce qu’il attend de nous.

 1er temps : Marie, « sainte parmi les saints », est celle qui tressaillait de joie et qui nous invite à devenir des saints.

L’Église, dès les premiers temps, a aimé nous présenter Marie comme « La Toute Sainte. » Ce titre a très vite été donné à la Vierge Marie. En l’appelant ainsi nos frères, les premiers chrétiens, tenaient à la prendre et à la présenter comme le modèle de sainteté vers lequel il leur fallait tendre, vers lequel tout chrétien doit tendre aujourd’hui encore. Très vite les chrétiens ont compris que ce qui avait rempli Marie de joie et d’allégresse était bien sa vie toute sainte, sa vie toute entière donnée à son Seigneur, dans l’accomplissement de ce qu’il lui était demandé chaque jour.

Si très vite les premiers chrétiens ont pris Marie comme modèle de sainteté c’est parce qu’en se laissant pénétrer par la Parole de Dieu que leur transmettaient les apôtres et les évangélisateurs qui suivirent, ils comprirent que tous les baptisés dans la mort et la résurrection du Christ étaient appelés à la sainteté. C’est ce même appel qui doit retentir en nous ce soir.

Dans son Exhortation Apostolique le Pape François écrit (Gaudete et exultate n° 10) :

« Ce que je voudrais rappeler par la présente Exhortation, c’est surtout l’appel à la sainteté que le Seigneur adresse à chacun d’entre nous, cet appel qu’il t’adresse à toi aussi. »

Et il cite la première lettre de Pierre : « Vous serez saints, car moi je suis saint » phrase qui se trouve aussi dans l’ancien testament, dans le livre du Lévitique (Lv 11, 44 ;1 P 1,16).

Le Pape François nous rappelle aussi que le Concile Vatican II nous avait fortement invités à la sainteté dans sa Constitution dogmatique Lumen gentium, sur l’Église :

… tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition de vie et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père. (LG n°11)

Les Pères conciliaires avaient bien noté dans cette invitation ce petit mot important : « chacun dans sa route ». Ils soulignaient aussi que c’est en suivant « notre route », avec ce dont elle est faite chaque jour, que nous pourrions être en vérité dans la joie et l’allégresse.

Marie avait bien compris cela dès le jour de l’annonciation. À la question qu’elle posait à l’ange Gabriel, au « Comment cela va-t-il se faire ? » il lui avait simplement été répondu « L’Esprit Saint viendra sur toi. » (Lc 1, 34-35), Ce jour là elle comprit certainement que c’est dans l’accueil de ce que serait ‘sa route’ quotidienne qu’elle accomplirait la volonté du Seigneur. C’est dans ce sentiment qu’elle pu se rendre chez sa cousine Élisabeth et ensemble qu’elles purent laisser éclater leur joie : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! » (Lc 1, 49).

À sa suite et en la prenant comme modèle de nombreux hommes et femmes sont parvenus à la sainteté et ont trouvé les chemins du vrai bonheur. L’Église a reconnu et reconnait encore la sainteté de beaucoup. Nous aimons connaitre ce qu’ils ont vécu et ce qui les a conduits à cette sainteté mais le Pape, tout en nous invitant à les connaître, nous met en garde :

« Il y a des témoins qui sont utiles pour nous encourager et pour nous motiver, mais non pas pour que nous les copions, car cela pourrait même nous éloigner de la route unique et spécifique que le Seigneur veut pour nous ? Ce qui importe, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui (cf. 1 Co 12,7) et qu’il ne s’épuise pas en cherchant à imiter quelque chose qui n’a pas été pensé pour lui. Nous sommes tous appelés à être des témoins, mais il y a de nombreuses formes existentielles de témoignages. »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 11

C’est donc bien à chercher nos propres routes de sainteté que le Pape nous invite tous. Quelles sont donc ces routes qui se présentent devant nous et que nous sont possibles de prendre ?
Depuis huit ans que je vous ai quittés il m’est donné de prêcher des retraites, des récollections, d’animer quelques sessions mais aussi d’accompagner spirituellement des prêtres, des religieux, des laïcs, des hommes et des femmes célibataires ou en couple, des jeunes et des moins jeunes … dans toutes ces rencontres où toutes ces personnes me partagent un peu de leur vie et leurs recherches, toutes et tous ont un point commun : celui de rechercher la « route de sainteté » que le Seigneur désire les voir suivre.

M’appuyant sur cette petite expérience du chemin de Dieu dans la vie de nos frères et sur ce qu’écrit le pape François dans son exhortation, je vous propose ce soir trois routes de sainteté mais qui ne feront finalement qu’une. Voici la première.

1. Dans nos occupations quotidiennes se trouvent notre première « route » de sainteté.

Je me contente de vous lire ce qu’écrit le Pape car c’est simple et pleinement réaliste :

« Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’être évêque, prêtre, religieuse ou religieux. Bien des fois, nous sommes tentés de penser que la sainteté n’est réservée qu’à ceux qui ont la possibilité de prendre de la distance par rapport aux occupations ordinaires, afin de consacrer beaucoup de temps à la prière. Il n’en est pas ainsi. Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels. »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 14

Entrant dans le très concret de notre vie quotidienne il écrit encore :

« Cette sainteté à laquelle le Seigneur t’appelle grandira par de petits gestes. Par exemple : une dame va au marché pour faire des achats, elle rencontre une voisine et commence à parler, et les critiques arrivent. Mais cette femme se dit en elle-même : « Non, je ne dirai du mal de personne ». Voilà un pas dans la sainteté ! Ensuite, à la maison, son enfant a besoin de parler de ses rêves, et, bien qu’elle soit fatiguée, elle s’assoit à côté de lui et l’écoute avec patience et affection. Voilà une autre offrande qui sanctifie ! Ensuite, elle connaît un moment d’angoisse, mais elle se souvient de l’amour de la Vierge Marie, prend le chapelet et prie avec foi. Voilà une autre voie de sainteté ! Elle sort après dans la rue, rencontre un pauvre et s’arrête pour échanger avec lui avec affection. Voilà un autre pas ! »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 16

Mais il insiste car cette route de sainteté n’est pas toujours aussi simple et idyllique que cela peut apparaître quand on l’écrit ainsi.

Parfois, la vie présente des défis importants et à travers eux le Seigneur nous invite à de nouvelles conversions qui permettent à sa grâce de mieux se manifester dans notre existence “afin de nous faire participer à sa sainteté” (He 12, 10). D’autres fois il ne s’agit que de trouver une forme plus parfaite de vivre ce que nous vivons déjà : “Il y a des inspirations qui tendent seulement à une extraordinaire perfection des exercices ordinaires de la vie chrétienne”. Quand le Cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân [1] était en prison, il avait renoncé à s’évertuer à demander sa libération. Son choix était de vivre “le moment présent en le comblant d’amour” ; et voilà la manière dont cela se concrétisait : “Je saisis les occasions qui se présentent chaque jour, pour accomplir les actes ordinaires de façon extraordinaire” .

Ex Ap Gaudete et exultate n° 17

La grande recherche de nos vies à tous ne serait-elle pas d’essayer d’accomplir ce que tentait à faire ce Cardinal vietnamien alors qu’il était en prison : « accomplir tous les actes ordinaires de façon extraordinaire ». Si vous en avez l’occasion lisez le très beau livre qu’il a écrit en 1997 pour témoigner de ce qu’il avait vécu tout au long de ces 13 ans dans les geôles vietnamiennes  [2].

C’est bien dans nos préoccupations quotidiennes que se trouve notre première route de sainteté, celle qui nous ouvre à la joie véritable. N’allons pas la chercher ailleurs.

2. Mais il y en a une seconde qui est indissociable de la première : notre route de sainteté se trouve aussi dans la mission qui nous est confiée.

Saint Paul, dans sa première lettre aux Thessaloniciens écrivait : « La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté ». Et leur expliquait ce qu’il avait compris dans sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas et par la suite auprès de ceux vers qui le Seigneur l’avait dirigé, entre autre Ananie. Il leur expliquait que chacun d’eux avait bien une mission à accomplir et que c’est en cherchant à accomplir de leur mieux la mission qui leur était confiée qu’ils deviendraient ‘saint’ et qu’ils seraient dans la joie et l’allégresse.

Reprenant cette affirmation de saint Paul aux chrétiens de Thessalonique le Pape François écrit :

« Chacun est une mission, un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 19

Avons-nous tous suffisamment conscience que nous sommes, chacun de nous, « une mission », « un projet du Père ». Pas pour faire n’importe quoi de nos vies, pas pour accomplir seulement ce qui nous plairait mais « pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile ».

Quelle grande mission nous avons reçue ! Celle d’être aujourd’hui, dans ce moment de l’histoire que nous vivons, dans cette réalité géographique, dans ces lieux où nous nous trouvons, pour les personnes telles qu’elles sont et qui nous entourent « Un aspect de l’Évangile » nous dit le Pape. Et cela dans les réalités quotidiennes dont je viens de vous parler.

En cette fête de la Nativité de la Vierge Marie, prenons ou reprenons bien conscience ce soir de ce que Marie avait bien compris pour elle et qu’elle nous invite à bien intégrer dans nos propres vies : notre route de sainteté se trouve dans la mission qui nous est confiée et c’est là qu’en vérité nous trouverons la joie et l’allégresse. L’accomplissement de la mission qui nous est confiée dans le cœur de nos vies quotidiennes est bien d’être des témoins de l’Évangile au monde de ce temps. Telle est notre seconde route de sainteté.

3. À ces deux routes de sainteté indissociables il y en a une troisième

Elle englobe les deux autres, qui donne sens aux deux autres : nos routes de sainteté n’ont de sens que dans le Christ, que dans notre manière de nous associer à ce que le Christ a vécu tout au long de sa vie au milieu de nous.

Dans son Exhortation apostolique La joie et l’allégresse le Pape François nous le dit clairement :

« Cette mission trouve son sens plénier dans le Christ et ne se comprend qu’à partir de lui. Au fond, la sainteté, c’est vivre les mystères de sa vie en union avec lui. Elle consiste à s’associer à la mort et à la résurrection du Seigneur d’une manière unique et personnelle, à mourir et à ressusciter constamment avec lui. Mais cela peut impliquer également de reproduire dans l’existence personnelle divers aspects de la vie terrestre de Jésus : sa vie cachée, sa vie communautaire, sa proximité avec les derniers, sa pauvreté et d’autres manifestations du don de lui-même par amour. »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 20

Nous sommes donc invités à bien connaître ce que le Christ a vécu et a donner à nos vies une orientation plus particulière qui correspond à ce que nous sommes, à nos aspirations, à nos vocations particulières.

Ainsi le Pape nous parle de différents aspects de la vie de Jésus :

  • de ses années de vie cachée à Nazareth,
  • de sa vie communautaire avec ses disciples,
  • de sa proximité avec les foules comme avec chaque personne,
  • de sa proximité avec les petits, les malades, les pauvres, les derniers dans la vie sociale,
  • de sa pauvreté personnelle, depuis la grotte de Bethléem qui le vit naître jusqu’au dépouillement de la croix.
  • de son don suprême en offrant sa vie jusqu’à la mort.

Les grands courants spirituels qui sont nés dans l’Église et qui ont ouvert les routes de sainteté à beaucoup ont mis en valeur l’un ou l’autre de ses aspects, ainsi :

  1. le courant spirituel du Carmel a mis en valeur la ‘contemplation de Dieu’ dans les brises légères qui révèlent sa présence au cœur du monde comme Elie en fut le témoin en son temps au seuil de la grotte où il s’était réfugié. (I R 19, 12)Cette insistance sur la ‘contemplation de Dieu’ fut repris par les grands saints du Carmel : Jean de la Croix,Thérèse d’Avila, Thérèse de l’Enfant Jésus, Élisabeth de la Trinité, Édith Stein (Thérèse- Bénédicte de la Croix) qui mourut à Auschwitz en 1942.
  2. le courant spirituel franciscain : François et Claire nous ont montré la route pour imiter le Christ dans sa pauvreté et son dépouillement.
  3. le courant spirituel dominicain  : Dominique a entrainé ses frères a révéler aux foules la proximité de Dieu en les introduisant au cœur de sa Parole.
    -# le courant spirituel initié par Ignace de Loyola, le courant jésuite, qui propose de laisser les exigences évangéliques pénétrer nos vies mais librement, paisiblement, joyeusement, sans tension aucune. Les « Exercices spirituels » en étant la base.
  4. Plus proche de nous un Charles de Foucauld, dans un premier temps, nous a invités à imiter le Christ dans sa vie cachée de Nazareth et à prendre comme lui la dernière place.

… et bien d’autres encore nous ont tracé les routes de la sainteté en nous invitant, selon nos vocations particulières à suivre plus particulièrement l’une de ces routes.

Il ne s’agit pas obligatoirement d’entrer dans l’un de ses grands courants spirituels pour parvenir à la sainteté mais de chercher chacun notre façon personnelle d’imiter le Christ dans l’un ou plusieurs des aspects de sa vie, de sa vie qui ouvrait les chemins du Salut aux hommes de tous les temps.

Ce soir, au cœur de cette veillée de prière et de réflexion, dans ce 1er temps personnel de silence qui va suivre je vous invite à reprendre ce que je viens de vous dire.

Si ce soir Marie m’invite à la suivre sur le chemin de sainteté qui conduit à la joie et à l’allégresse, que me faut-il faire ?

  • suis-je assez conscient que c’est dans mes occupations quotidiennes que se trouve mon chemin de sainteté ?
  • comment suis-je ce ‘projet du Père’ ? Comment la mission que j’ai reçue de témoigner et d’annoncer l’évangile me tient-elle vraiment à cœur ?
  • n’aurais-je pas dans ma vie à rechercher à mettre l’accent sur un des points plus particuliers de la vie du Christ ; à mieux l’imiter dans l’un des aspects de sa vie cachée ou publique qui me touche davantage ?

 2e temps : Marie, « sainte parmi les saints », est celle qui tressaillait de joie. Elle nous montre le chemin de la sainteté et nous accompagne sur notre route vers la sainteté.

Non seulement Marie nous invite à « devenir des saints » mais elle fait davantage encore, « elle nous montre le chemin de la sainteté et nous accompagne sur notre route vers la sainteté ».

1. Marie nous montre les chemins de la sainteté.

La vie de Marie, telle que les évangiles nous la décrivent, est vraiment modèle pour notre vie. Mais en quoi l’est-elle ?

  • Elle est modèle par la foi qui était la sienne.
  • Elle est modèle par sa disponibilité à l’œuvre de Dieu en elle.
  • Elle est modèle par son engagement total dans la mission confiée.
  • Elle est modèle dans sa présence dans la vie sociale et religieuse de son temps.
  • Elle est modèle par son accueil des imprévus.
  • Elle est modèle par son effacement.
  • Elle est modèle dans sa manière d’accueillir la souffrance.
  • Elle est modèle par son engagement dans sa mission ecclésiale.

Dans toute sa vie n’était-ce pas l’esprit des béatitudes qu’elle vivait déjà et qu’elle nous présentait comme modèle de vie ! Attardons sur quatre des nombreux chemins de sainteté que Marie nous propose, dont elle est le parfait modèle.

Elle est modèle par la foi qui est la sienne.

Au jour de l’annonciation, dans sa salutation à Marie, l’ange Gabriel s’adressa à cette jeune femme en lui disant : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu »(Lc 1,30). Si elle avait trouvé grâce devant Dieu ce n’était pas sans raison. Au foyer d’Anne et de Joachim où elle était née et avait grandie, elle avait très certainement reçu une formation religieuse forte. Elle avait très certainement laissé se développer en elle une intense relation au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; au Dieu libérateur de son peuple. Dans l’attente du Messie annoncé, elle menait une vie très respectueuse de la loi de Moïse et des pratiques religieuses de ce temps. La synagogue de Nazareth était son lieu de prière. Les pèlerinages au Temple de Jérusalem se faisaient aux temps prescrits. L’ange, envoyé du Seigneur, Gabriel, pouvait en vérité lui dire : « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu car ta foi est grande, ta relation à ton Seigneur est intense. »
Quelques semaines après cette rencontre avec l’ange Gabriel, Élisabeth pourra lui dire en vérité elle aussi : « Heureuse celle qui a cru… ». Marie avait pu croire aux paroles annonciatrices de Gabriel parce que sa foi en Dieu était déjà forte, bien ancrée au plus profond d’elle-même.

Jésus reprendra lui-même cette « béatitude de la foi » quand il constatera cette foi chez celles et ceux qui viendront vers lui pour qu’il les guérisse, qu’il les sauve.
Dans nos moments de doute, dans ces heures où rien ne va plus en nous, Marie nous montre le chemin de la foi. Cette foi fut pour Marie la base de sa sainteté. Elle a cru en son Dieu capable de donner un Sauveur au monde. Elle a cru en son fils qui était le Messie attendu.

Elle est modèle par sa disponibilité à l’œuvre de Dieu en elle.

La demande que lui adresse l’ange Gabriel était inattendue. Sa surprise fut très certainement très grande. Le « Comment cela se fera-t-il ? » l’exprime nettement. Mais sans exiger des réponses concrètes elle se rend disponible. Elle n’exige rien de plus. Elle se sait petite et pauvre. Comme elle l’exprimera dans le ‘Magnificat’, elle sait que le Seigneur « s’est penché sur son humble servante. »

Dans cette reconnaissance humble mais confiante de sa pauvreté qui la rend totalement disponible elle est pour nous un merveilleux modèle. Pouvons-nous avancer vers la sainteté sans avoir conscience de nos pauvretés et sans développer constamment en nous l’humilité. Pauvreté et humilité furent les bases de la disponibilité totale de Marie. Elles seront aussi pour nous les voies d’accès à la sainteté.

Dans son Exhortation Apostolique le pape François invite à cette disponibilité basée sur cette béatitude de la pauvreté. Il nous dit que cette disponibilité, bien basée sur la béatitude de la pauvreté, permettra au Seigneur d’entrer en nous  « avec sa nouveauté constante. »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 68

Prenons modèle sur l’humilité et la pauvreté de Marie qui l’a rendu totalement disponible à la nouveauté de Dieu en elle. Dieu fera alors aussi en nous des choses nouvelles merveilleuses. Elles seront notre chemin de sainteté.

Elle est modèle par son engagement total dans la mission confiée.

Dès qu’elle eut prononcé son ’’oui’’ ; dès qu’elle eut dit à l’ange : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole, » son engagement fut total. Elle accomplit tout ce que le Seigneur lui demanda. Ce fut la visite et le soutien à sa cousine Élisabeth ; ce fut l’évènement heureux et difficile de la naissance loin de la maison familiale ; ce furent l’accueil silencieux des paroles troublantes de Siméon au Temple ; ce fut la surprise de l’absence de Jésus dans la caravane du retour de Jérusalem, il n’avait alors que 12 ans, et son étonnement, à elle et à Joseph, de le trouver au Temple au milieu des Docteurs de la loi. Puis ce fut ce jour où Jésus quitta Nazareth pour devenir le porteur de la Parole du Père avec toute l’inquiétude qui s’en suivi pour une mère qui comprenait, au fil des semaines et des mois que le danger grandissait. Et que dire de son engagement total tout au long du chemin douloureux de son fils vers le Golgotha ! Que dire de son engagement total dans sa présence au pied de la croix ! En tout Marie s’est totalement engagée dans la mission qui lui a été confiée.

Ne vivait-elle pas ainsi la béatitude présentée par son fils : « Bienheureux les affligés, car ils seront consolés. »

Le Pape François, commentant cette voie de sainteté qu’est l’engagement total dans la mission confiée même quand elle est rude, - et il sait lui-même de quoi il s’agit, tout particulièrement en ces temps ! - il écrit dans son Exhortation Apostolique : « La personne qui voit les choses comme elles sont se laisse transpercer par la douleur et pleure dans son cœur, elle est capable de toucher les profondeurs de la vie et d’être authentiquement heureuse. Cette personne est consolée, mais par le réconfort de Jésus et non par celui du monde. »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 76

Prenons modèle sur l’engagement total de Marie dans la mission qui lui fut confiée, même quand elle dut en souffrir douloureusement. Comme nous le dit le Pape, notre engagement total dans la mission confiée nous rendra capable « de toucher les profondeurs de la vie et d’être authentiquement heureux. » Cet engagement sera pour nous un vrai chemin de sainteté.

Elle est modèle dans sa présence dans la vie sociale et religieuse de son temps

En ce temps là, en Galilée, en Judée, dans tous ces territoires autour de Jérusalem où vivaient les hébreux, la vie sociale se différenciait peu de la vie religieuse. Même sous l’occupation romaine c’était encore la « loi de Moïse » qui gérait les comportements familiaux, sociaux, religieux. Marie s’y conforma en totalité. Rien ne la distinguait des autres femmes de Nazareth. Rien ne distinguait le couple de Marie et de Joseph des autres couples de cette petite bourgade. Elle allait chercher l’eau au puits du village comme toutes les autres femmes ; elle allait faire ses approvisionnements au marché et entretenait sa maison comme chacune de ses voisines. Elle se rendait à la synagogue chaque sabbat comme il était de coutume et avec toutes les autres femmes. Quand Jésus remplira sa mission reçue du Père, les habitants de Nazareth seront dans l’étonnement : « Mais nous connaissons bien ses parents, ils sont de chez nous, ils sont comme nous ! »

Et pourtant quelque chose d’invisible distinguait Marie. A la suite de l’évènement de Jésus retrouvé au Temple à 12 ans, saint Luc écrit : « Marie gardait dans son cœur tous ces évènements. »(Lc 2,51) Tout ce qu’elle avait déjà vécu depuis l’annonciation, depuis la rencontre avec le prophète Siméon dans le Temple, dans le silence et sans doute dans la prière, elle ‘gardait tout dans son cœur’, percevant la mission qui lui était confiée.

En cela Marie est vraiment modèle pour nous. Il nous faut tous aujourd’hui être profondément dans ce monde tel qu’il est ; il nous faut être dans la société de notre temps avec ses exigences sociales et économiques, avec des lois à appliquer qui peuvent plus ou moins nous convenir, voire même heurter nos consciences et nous interroger sur les comportements à adopter. Mais c’est bien dans ce monde, celui d’aujourd’hui, que nous devons témoigner et annoncer l’évangile. Comme Marie nous avons à être bien insérés dans notre société. Nous avons aussi à être bien insérés et présents dans l’Église au cœur du monde, aussi difficile et controversée que puisse être aujourd’hui la position de l’Église en certains domaines, tout particulièrement celui de la bioéthique. Cette présence dans ce monde, tout en vivant de l’esprit de l’Évangile, est pour nous tous chemin de sainteté. C’est ce chemin qui nous comblera de joie et d’allégresse.

Toujours dans son Exhortation Apostolique ‘La joie et l’allégresse’, commentant la béatitude sur ‘les cœurs purs’, les cœurs qu’il nous faut garder purs au milieu de ce monde, le Pape écrit :

« Quand le cœur aime Dieu et le prochain (cf. Mt 22, 36-40), quand telle est son intention véritable et non pas de vaines paroles, alors ce cœur est pur et il peut voir Dieu. Saint Paul, dans son hymne à la charité, rappelle que « nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme » (1 Co 13, 12), mais dans la mesure où règne l’amour vrai, nous serons capables de voir “face à face” (ibid.). Jésus promet que ceux qui ont un cœur pur ‘‘verront Dieu’’. Garder le cœur pur de tout ce qui souille l’amour, c’est cela la sainteté ! »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 86

En demeurant bien insérés au cœur de ce monde le Pape nous invite à ne pas avoir peur de ce monde mais à garder « nos cœurs purs » ; il nous assure qu’en le faisant nous serons dans la joie et l’allégresse quoiqu’il arrive. Nous avancerons sur les chemins de la sainteté.

Il y aurait bien d’autres aspects de la vie de la Vierge Marie que nous pourrions prendre comme modèles, tout particulièrement : son accueil des imprévus, son effacement, sa manière d’accueillir la souffrance, son engagement dans sa mission ecclésiale… je ne peux m’y attarder ce soir.

2. Marie nous accompagne sur notre route vers la sainteté.

Mais, avant de reprendre quelques instants de silence, de méditation, de réflexion plus personnelle, je voudrais vous redonner l’assurance que sur cette route vers la sainteté que nous sommes invités à suivre, la Vierge Marie nous accompagne toujours.

Tous ces gens que sont-ils venus chercher près de Marie, depuis des siècles, en ce lieu, en ce hameau de Querrien, en ce Sanctuaire marial… si non : « Toute Aide » ?

Je n’étais pas encore ordonné évêque quand je suis venu ici pour la première fois, je ne connaissais pas ce lieu, c’était le dimanche 13 septembre 1992 – je fus ordonné le samedi suivant. Ce qui m’a marqué en profondeur c’est la confiance de tout ce peuple venu pour ce Pardon en l’honneur de la Vierge Marie. Tous venaient lui demander« son Aide ». Les nombreuses confidences que j’ai reçues ce jour là m’ont bouleversé. J’ai compris qu’il fallait encourager tout ce peuple à grandir encore dans la certitude que Marie était bien pour chacun « Toute Aide », j’ai compris qu’il fallait permettre à beaucoup de trouver en ce lieu, près de Notre-Dame, les « aides » qui leur étaient nécessaires dans la certitude que la mission de Marie était bien de nous accompagner sur nos routes vers la sainteté ; dans la certitude qu’elle était bien, sur les chemins difficiles de nos vies, celle qui était capable de nous aider à les parcourir dans ‘la joie et l’allégresse’ véritables.

Soyons encore assurés, renforçons-nous ce soir dans cette certitude que Marie nous accompagne sur notre route vers la sainteté. Mais, comme le Christ, elle ne violente jamais notre liberté, elle attend que nous venions à elle, comme nous le faisons ce soir, comme beaucoup le feront ici demain ; elle attend que nous lui demandions son aide.

En prenant maintenant quelques instants de silence et de prière, réfléchissons sur ce que nous venons de partager.

Si Marie est celle qui me montre le chemin de la sainteté et m’accompagne sur ma route vers la sainteté, à sa suite et avec son aide quelle route est-ce que je peux et dois prendre ?

  • à l’exemple de la foi de Marie, quelle est ma propre et véritable foi en Dieu Père qui m’aime et m’offre sans cesse son amour ; en Jésus Christ Parole du Père et Sauveur des hommes ; en l’Esprit Saint force et lumière sur mes chemins. Mon enracinement dans l’Évangile est-il assez fort pour me rendre capable de fortifier ma foi ?
  • à l’exemple de Marie qu’elle est ma disponibilité quotidienne ? Est-ce, comme elle, dans la pauvreté de mes moyens et l’humilité que je me rends disponible ?
    . à l’exemple de Marie mon engagement est-il total dans ce qui m’est demandé et possible d’accomplir ? Est-ce que dans cet engagement, comme Marie, j’y trouve une joie profonde ?
  • à l’exemple de Marie et tout simplement, comment suis-je présent dans la vie de ce monde tel qu’il est ? Marie est-elle pour moi celle vers qui je viens joyeusement chercher ‘Toute-Aide’ ?

 3e temps : Marie, ’’sainte parmi les saints’’, est celle qui tressaillait de joie et qui nous invite, comme elle a su le faire, à nous laisser saisir, conduire, guider par l’Esprit-Saint pour bien discerner ce qu’il attend de nous.

Il est très important d’entendre l’invitation que nous adresse Marie à devenir des saints ; il est certainement très important de suivre les chemins de sainteté qu’elle nous propose et de nous appuyer sur toute l’aide qu’elle peut nous apporter mais, comme elle a su le faire, il faut nous laisser saisir, conduire, guider par l’Esprit-Saint pour bien discerner ce qu’il nous faut accomplir.

Souvenons-nous de la réponse que l’ange Gabriel fit à Marie, quand, au jour de l’Annonciation elle posa la question toute naturelle : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » l’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi… » (Lc 1, 34)
Toute sa vie Marie va se laisser saisir, conduire, guider par l’Esprit-Saint. En cela aussi elle est un grand modèle pour chacun de nous ?

Mais « pourquoi » et « comment » se laisser conduire chaque jour par l’Esprit Saint ? Essayons de bien saisir l’importance d’être en lien continuel avec l’Esprit Saint.

Pourquoi se laisser saisir, conduire et guider par l’Esprit Saint ?

Il faut nous laisser saisir, conduire et guider par l’Esprit Saint pour être rendu continuellement capable du discernement.
Soyons très réalistes : même en prenant Marie comme modèle nous savons bien qu’un modèle ne peut jamais se reproduire à l’identique ; nous ne sommes plus dans le même contexte de vie. L’Esprit Saint est donc bien le seul capable de nous aider à discerner si les chemins que nous prenons dans nos vies actuelles, en étant bien présents aux réalités de ce monde, sont bien ceux du Seigneur, ceux qui nous conduisent à la sainteté, à la joie véritable.

Dans son Exhortation Apostolique ‘La joie et l’allégresse’ le pape François fait une grande place à l’action du Saint Esprit pour nous aider à discerner les bons chemins qu’il nous faut prendre. Il nous écrit :

« Comment savoir si une chose vient de l’Esprit Saint ou si elle a son origine dans l’esprit du monde ou dans l’esprit du diable ? Le seul moyen, c’est le discernement qui ne requiert pas seulement une bonne capacité à raisonner ou le sens commun. C’est aussi un don qu’il faut demander. Si nous le demandons avec confiance au Saint Esprit, et que nous nous efforçons en même temps de le développer par la prière, la réflexion, la lecture et le bon conseil, nous pourrons sûrement grandir dans cette capacité spirituelle. »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 166

Il nous dit même que ce discernement est « une nécessité impérieuse » aujourd’hui.

« Aujourd’hui, l’aptitude au discernement est redevenue particulièrement nécessaire. En effet, la vie actuelle offre d’énormes possibilités d’actions et de distractions et le monde les présente comme si elles étaient toutes valables et bonnes. Tout le monde, mais spécialement les jeunes, est exposé à un zapping constant. Il est possible de naviguer sur deux ou trois écrans simultanément et d’interagir en même temps sur différents lieux virtuels. Sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes à la merci des tendances du moment. »
Cela devient particulièrement important quand apparaît une nouveauté dans notre vie et qu’il faudrait alors discerner pour savoir s’il s’agit du vin nouveau de Dieu ou bien d’une nouveauté trompeuse de l’esprit du monde ou de l’esprit du diable. En d’autres occasions, il arrive le contraire, parce que les forces du mal nous induisent à ne pas changer, à laisser les choses comme elles sont, à choisir l’immobilisme et la rigidité. Nous empêchons donc le souffle de l’Esprit d’agir. Nous sommes libres, de la liberté de Jésus-Christ, mais il nous appelle à examiner ce qu’il y a en nous – désirs, angoisses, craintes, aspirations – et ce qui se passe en dehors de nous – “les signes des temps” – pour reconnaître les chemins de la pleine liberté : « Vérifiez tout. Ce qui est bon retenez-le » (1Th 5, 21)

Ex Ap Gaudete et exultate n° 167, 168

Nous ne prendrons jamais les routes de la sainteté et la joie et l’allégresse ne seront jamais profondément en nous, si nous empêchons le souffle de l’Esprit d’agir. Il faut donc nous laisser saisir, conduire et guider par l’Esprit pour être rendus capables de bien discerner ce que le Seigneur attend de nous.

Comment se laisser conduire par l’Esprit-Saint ?

Nous pouvons laisser le souffle de l’Esprit agir en nous de plusieurs manières.

  • par la prière : lui demander de nous combler de ses dons.
  • par la disponibilité intérieure : les dons de l’Esprit sont un grâce à accueillir.
  • par l’acceptation généreuse de ce qu’il nous invite à accomplir, même s’il nous bouscule fortement.

Par la prière : lui demander de nous combler de ses dons.

Dans ce qu’il nous écrit – vous l’avez entendu – le pape affirme : « Nous sommes libres, de la liberté de Jésus-Christ … » Rien n’est plus vrai ! Mais parce qu’il nous a rendu libres nous avons à nous tourner vers lui pour lui demander, comme il le fit pour les apôtres rassemblés au matin de la Pentecôte (au milieu desquels se trouvait Marie) de nous combler des dons de son Esprit.

Nous avons reçu solennellement l’Esprit Saint à notre baptême et à notre confirmation ; il nous est donné également dans tous les sacrements que nous recevons ; il nous comble de sa force dans les moments où elle nous est nécessaire ; il éclaire nos routes quand nous sommes plongés dans les ténèbres ; il nous rend prudents sur les sentiers périlleux ; il nous aide à ne pas ‘entrer en tentation’, selon la nouvelle formule du Notre Père. En tout cela et dans bien d’autres circonstances encore nous avons un immense besoin de lui mais nous devenons lui demander ses dons. Il est bien capable d’agir en l’homme pour lui proposer les chemins du Salut mais il attend que nous lui exprimions notre libre adhésion.

C’est bien ce que fit Marie. Sa vie fut comme une prière continuelle pour que l’Esprit fasse en elle ce qu’il lui plaisait. « … que tout m’advienne selon ta parole. »

L’Esprit-Saint aura toute possibilité d’agir en nous si nous osons le lui demander.

Par la disponibilité intérieure : les dons de l’Esprit sont une grâce à accueillir.

Mais il aura aussi la pleine possibilité d’agir en nous et de nous conduire sur les chemins de la sainteté en nous procurant une joie profonde si nous nous rendons disponibles pour accueillir sa grâce.

Nous nous le sommes déjà redit ce soir, Marie s’est rendu totalement disponible pour accueillir ce que l’Esprit de son Seigneur attendait d’elle.

Les dons de l’Esprit sont vraiment une grâce à accueillir. Le Pape nous l’écrit dans son Exhortation Apostolique ‘La joie et l’allégresse’.

« … Rappelons-nous toujours que le discernement est une grâce. Bien qu’il inclue la raison et la prudence, il les dépasse parce qu’il s’agit d’entrevoir le mystère du projet unique et inimitable que Dieu a pour chacun, et qui se réalise dans des contextes et des limites les plus variés. Ne sont pas seulement en jeu un bien-être temporel ni la satisfaction de faire quelque chose d’utile, ni le désir d’avoir la conscience tranquille non plus. Ce qui est en jeu, c’est le sens de ma vie devant le Père qui me connaît et qui m’aime, le vrai sens de mon existence que personne ne connaît mieux que lui. Le discernement, en définitive, conduit à la source même de la vie qui ne meurt pas, c’est-à-dire connaître le Père, le seul vrai Dieu, et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ (cf. Jn 17, 3). Il ne requiert pas de capacités spéciales ni n’est réservé aux plus intelligents ou aux plus instruits, et le Père se révèle volontiers aux humbles (cf. Mt 11, 25).
Même si le Seigneur nous parle de manières variées, dans notre travail, à travers les autres et à tout moment, il n’est pas possible de se passer du silence de la prière attentive pour mieux percevoir ce langage, pour interpréter la signification réelle des inspirations que nous croyons recevoir, pour apaiser les angoisses et recomposer l’ensemble de l’existence personnelle à la lumière de Dieu. Nous pouvons ainsi laisser naître cette nouvelle synthèse qui jaillit de la vie illuminée par l’Esprit. »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 170, 171

Il est donc important de laisser grandir cette disponibilité qui va nous permettre chaque jour, comme l’écrit le Pape, de laisser l’Esprit Saint illuminer nos vies.

Mais il est évident que cette disponibilité est exigeante. Elle nous demande une grande maitrise de soi. Il peut arriver que nous évitions de « nous laisser interpeller par la liberté de l’Esprit qui agit comme il veut » (Ex Ap Gaudete et exultate n° 172) parce que nous le trouvons trop exigeant. Quand nous ressentons des réticences en nous il est nécessaire de nous tourner vers le Seigneur pour lui demander la grâce de nous remettre à son écoute. Et pourquoi ne pas faire passer cette prière d’intercession par la Vierge Marie ?
Oui, cultivons en nous la « disponibilité intérieure » à l’œuvre de l’Esprit-Saint car les dons de l’Esprit sont une grâce à accueillir.

Par l’acceptation généreuse de ce qu’il nous invitera à accomplir même s’il nous bouscule fortement

Nous nous laisserons saisir, conduire et guider par l’Esprit en lui demandant cette grâce dans la prière, en cultivant en nous l’esprit de disponibilité mais encore en acceptant généreusement ce qu’il nous invitera à accomplir.

Un fois discerner le chemin à prendre il faut passer aux actes et prendre ce chemin si nous voulons atteindre le but envisagé. Ce n’est pas toujours évident car prendre cette route peut nous sembler rude. Cet appel nous bouscule.

Cette acceptation généreuse ne pourra se réaliser au plus profond de nous et devenir l’engagement de tout notre être que si nous savons qu’elle est importante pour l’accomplissement du salut offert par le Christ à tous nos frères.

Il ne s’agit pas nous dit le Pape

« … d’appliquer des recettes ni de répéter le passé, puisque les mêmes solutions ne sont pas valables en toutes circonstances, et ce qui sera utile dans un certain contexte peut ne pas l’être dans un autre… Seul l’Esprit sait pénétrer dans les replis les plus sombres de la réalité … »

Ex Ap Gaudete et exultate n° 173

Seul l’Esprit sera capable de nous aider à accepter d’aller là où le Seigneur nous attend quoi qu’il puisse nous en couter.

Prenons encore quelques instants de silence et de prière pour ce soir, en cette fête de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, lui demander son aide pour que nous soyons disponibles chaque jour, comme elle le fut, à l’œuvre de l’Esprit Saint en nous.

  • Si Marie est celle qui me montre le chemin de la sainteté et m’accompagne sur ma route vers la sainteté, à sa suite et avec son aide, comme elle, j’ai à me laisser conduire par l’Esprit-Saint.
  • dans ma prière il y a-t-il un place à l’Esprit Saint ? Pour répondre quotidiennement aux appels du Seigneur est-ce que je demande à l’Esprit de me combler de ses dons ?
  • quelle est ma réelle disponibilité intérieure pour laisser l’Esprit Saint guider et illuminer ma vie ?
  • est-ce que j’accepte généreusement ce qu’il m’invite à accomplir même lorsque ce qu’il me demande me bouscule ?
Mgr Lucien Fruchaud, évêque émérite de Saint-Brieuc et Tréguier

PS :
  • Texte d’évangile : Matthieu 5, 1-12
  • Exhortation apostolique du Pape François : Gaudete et Exultate – La joie et l’allégresse, 19 mars 2018
  • Photographie : José María Gil Puchol

[1Cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân, vietnamien, archevêque de Saigon. Il fut emprisonné par les autorités communistes pendant 13 ans, de 1975 à 1988.

[2Mgr François-Xavier Nguyen Van Thuan, J’ai suivi Jésus : un évêque témoigne, Mediaspaul Editions, Paris, 1997 - 92 pages.


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